Un rêve d'héritiers
Notre civilisation tend à retirer aux choses comme aux êtres leur clarté originelle et il n'y a sans doute plus grand chose de gratuit aujourd'hui dans notre monde...
Un exception toutefois : la Cyclonot', Championnat cycliste des Notaires et des collaborateurs du Notariat qui poursuit sans faillir son périple en notre douce France, empruntant chemins de traverses et routes enchanteresses.
Pour sa quatrième édition, il était cette année accueilli en Loire Atlantique et plus précisément encore à Vallet, capitale du Muscadet, par Maître Charles VICAT et son comité d'organisation.
Les choses n'avaient pas été faites à moitié et l'accueil comme l'organisation générale étaient à la hauteur du nombre et des ambitions de participants venus de toute la France.
Parcours fléché et neutralisé, voitures de tête et de queue, peloton de motocyclistes assurant la sécurité, assistance médicale et technique, tout était fin prêt...
Un contre-la-montre matinal de 3,700 kilomètres permettait à une trentaine d'aficionados de se mesurer et de jauger leur force, donnant lieu à un classement sans surprise qui voyait triompher Franck ELIARD, suivi comme son ombre par Jérôme FERIAUD, vainqueurs respectifs des éditions 1996 et 1997 de la Cyclonot'.
L'après-midi, sous un ciel un peu gris, qui peu à peu allait s'éclaircir, le départ était donné aux 91 participants par le vainqueur des Tours de France 1983 et 1984, Alain FIGNON, assisté du " régional de l'étape " le sympathique Jean-Claude LARGEAU, vainqueur entre autre du Grand Prix de France 1970.
Le premier tour du circuit développant 13,500 kilomètres, avait été neutralisé afin de permettre à chacun " d'apprécier le paysage et la convivialité propre au sport cycliste " et il était loisible alors de communier tous ensemble dans une même ferveur puisqu'on court non pas pour gagner mais pour soi et pour être avec ses amis.
Pour tout participant le bonheur était là, dans la conquête, dans la bataille qui était tout autant une lutte contre le temps qu'un défi à soi-même.
Qu'importait alors le vent, la pluie ou le froid, le résultat voire l'abandon : le premier plaisir était d'appartenir à ce peloton compact qui allait pourtant très vite s'étirer.
Un rapide recensement des forces en présence laissait percevoir un petit groupe de tête, particulièrement motivé, composé d'une vingtaine de coureurs et de coureuses, nombreuses cette année, rassurés par le profil du parcours promis roulant, " fait de faux-plats montants et descendants ".
Encore fallait-il les monter avant de les descendre, encore fallait-il réunir toutes ses forces pour lutter roue dans roue dans une allégresse contagieuse faite d'audace, de témérité, de courage, mais aussi de santé !
Dès le début du second tour, le train de la course prenait son vrai visage s'apparentant à un pilonnage d'artillerie.
Eclatant par l'intérieur, chaque tour de roue éloignait peu à peu 3 valeureux challengers d'une meute comprenant des hommes d'aussi bonne renommée que René THORAVAL, Yves LEBARBEY, Pierre PROCHASSON, Denis SOYER, ou bien encore Eric GILBERT, suivi comme son ombre par son épouse Danielle, auteur d'une performance d'anthologie.
Tous nous offraient à plus de 45 kilomètres heure de moyenne un véritable festival.
Pour les autres, les vagues de vignes parfaitement ordonnées, venant se briser en éclaboussures de petits ordons capricieux, laissaient l'imagination battre la campagne en contemplant cette oeuvre paysagée frêle et altérable comme tout mobile végétal qui enfonce pourtant dans le passé les racines de son arbre généalogique à plus de 300 ans de profondeur !
Au cinquième tour, le dernier acte allait avoir un final extravagant.
Il voyait en effet le vaillant Jean-Paul DUSSOUCHAUD accroché pendant plus de 50 kilomètres et roulant roue contre roue avec Franck ELIARD se faire ajuster à bout portant sur la ligne d'arrivée.
Pour la petite histoire, ce valeureux second portait une cinquantaine rayonnante bien proche de la trentaine triomphante du vainqueur.
En cette pénultième année du XXème siècle, la réussite de cette quatrième édition de la Cyclonot' voulue et portée par Maître Jean-Paul GAYOT et parfaitement organisée par Maître Charles VICAT contient déjà la mémoire des précédentes manifestations.
Qu'on le veuille ou non, nous sommes désormais à un tournant et cette Cyclonot' aura, en plus de sa magnifique organisation et de son très grand taux de participation, poursuivi une manière de culture et propagé un courant continu d'affection, où celles et ceux qui y participent en reçoivent plus encore qu'ils n'y apportent.
Les notaires coureurs sont naturellement des héritiers.
Pareil compte-rendu ne serait pas complet sans évoquer une troisième mi-temps qui, dans la tradition de la Cyclonot', fut grâce à Maître Charles VICAT et à Maître CHAUVEAU particulièrement conviviale.
Après un vin d'honneur auquel participa Maître DEJOIE, l'ancien Président du Conseil Supérieur, un grand banquet de plus de 150 couverts devait réunir tous les participants et les accompagnants pour une soirée qui allait se terminer fort tard dans la nuit.
Entre temps, quelques uns d'entre nous avaient pu tant à l'hôtel Don Quichotte qu'à l'hôtel de la Gare désigner la mascotte de cette quatrième édition de la Cyclonot', en la personne de Jean-Baptiste BRAULT, fils aîné du Notaire parisien bien connu qui avait participé avec sa fougue habituelle à cette manifestation.
Jean Claude ROEHRIG
Le 24 septembre 1999
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